L’année passée aura vraiment mis à l’épreuve quiconque œuvrant à la défense d’un avenir numérique au service de la justice sociale, environnementale et de genre. Dans une année marquée par de grandes coupes dans les financements internationaux et une utilisation croissante des technologies au détriment des communautés marginalisées et de la planète, notre dernier rapport annuel, qui vient d’être publié, révèle les actions de notre réseau pour créer des technologies au service du bien commun.
En 2025 notre personnel et notre réseau de membres et partenaires travaillaient dans 63 pays. En partenariat avec nos soutiens financiers, les subventions secondaires d’APC nous ont permis de soutenir 206 initiatives dans 48 de ces pays, la plupart dans le Sud global. Ensemble, nous avons établit des programmes d'action communs , et veillé à intégrer aux discours sur le numérique des perspectives de droits et de justice. Nous avons agi collectivement pour créer des standards, des politiques, des processus et des normes relatives au numérique, et nourrir notre propre capacité collective pour veiller à la sécurité, au bien-être et à la résilience. Nous avons partagé nos ressources et notre savoir de manière à apprendre, grandir et nous développer.
Mais comment cela se traduit-il dans la pratique? Dans cette série en cinq parties, nous republierons tout au long du mois d’octobre les expériences collectées pour la section du rapport consacrée à nos impacts. Chacune s’organise autour de l’un de nos cinq domaines de résultats, au cœur de l'actuel plan stratégique d'APC. Vous trouverez ici les actions marquantes qui viennent illustrer dans notre rapport comment la communauté d’APC agit sur le terrain.
Lisez la suite pour le quatrième article de la série, qui porte sur la manière dont notre communauté crée collectivement les politiques, les processus, les standards et les normes en matière de numérique.
La création collective de politiques, processus, standards et normes en matière de numérique.
Nous avons renforcé les processus multipartites de gouvernance de l’internet, en consolidant les positions d’influence pour la société civile. L’année 2025 marquait le 20e anniversaire du Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI), un processus mondial qui s’est avéré fondamental pour l’approche multipartite de la gouvernance de l’internet. La stratégie de plaidoyer d'APC pour l'examen du SMSI+20 a commencé au second semestre 2023 et a franchi une étape importante en décembre 2025 au siège des Nations unies à New York avec l'adoption par consensus du document final du SMSI+20. Celui-ci a ouvert la voie à la poursuite du processus du SMSI, l’alignant sur le Pacte numérique mondial et jetant les bases pour une meilleure cohérence dans les différents programmes des Nations unies relatifs au numérique. Un autre résultat clé de ce processus a été que le Forum sur la gouvernance de l’Internet (FGI) a obtenu un mandat permanent et a été reconnu comme un espace multipartite vital pour les discussions sur la gouvernance numérique. Ceci est le résultat des efforts conjoints entre APC et d’autres organisations de la société civile qui ont fait pression pour faire reconnaître le rôle des organisations de la société civile dans la gouvernance de l’internet. Le groupe de réflexion informel multipartite (IMSB) du SMSI+20 a également sélectionné la responsable du plaidoyer en matière de gouvernance mondiale d'APC, Valeria Betancourt, pour faire partie de la première expérience à mettre en œuvre le modèle multipartite dans les processus intergouvernementaux des Nations unies, permettant à APC d'influer sur la portée et le rôle de l’IMSB. D’autre part, le Groupe consultatif multipartite (MAG) du FGI a invité Betancourt ainsi que la conseillère principale d’APC sur la gouvernance mondiale et régionale de l’internet, Anriette Esterhuysen, à rejoindre sa convocation spéciale de 2025, ce qui a permis à APC de contribuer à la configuration de l’agenda du FGI et de le connecter au processus d’examen du SMSI+20.
Nous avons centré la discussion sur le financement de la connectivité numérique dans le Sud global. Lors de l'examen du SMSI+20, une priorité consistait à promouvoir des efforts axés sur le financement et ainsi veiller à la viabilité de la mise en œuvre des objectifs du SMSI. Grâce au travail constant de plaidoyer d’APC, le Groupe des Nations unies sur la société de l’information (UNGIS), qui est le mécanisme interinstitutions chargé de coordonner la mise en œuvre du SMSI, a créé un groupe de travail sur le financement et un groupe de consultation multipartite chargé d’élaborer les cadres de financement du développement numérique comme résultats de l’examen du SMSI+20. En complément de son travail réalisé à travers l’initiative Local Networks (LocNet) sur les solutions durables de financement mixte pour les initiatives de connectivité centrées sur la communauté, APC a co-écrit le rapport officiel de la Coalition dynamique du FGI des Nations unies sur la connectivité communautaire, axé sur les solutions durables de financement pour la connectivité communautaire. Le rapport a été présenté lors d’une session du FGI à Oslo en juin, suivi en octobre par l’événement parallèle du T20 intitulé "Faire tomber les obstacles : Financement innovant pour l'inclusion numérique centrée sur la communauté" en Afrique du Sud, organisé par le Haut-commissariat du Royaume-Uni, l’UNESCO et APC. Cet événement parallèle a rassemblé une centaine de parties intéressées qui ont discuté des moyens d’obtenir un financement durable pour les réseaux communautaires. Un changement a également été constaté parmi les donateurs bilatéraux dans les orientations en matière de financement de l’inclusion numérique, et notamment le ministère néerlandais des Affaires étrangères.
Nous avons renforcé le langage concernant les droits numériques et les droits humains au sein des processus, des résultats et des résolutions à niveau mondial. Le plaidoyer d’APC et de ses partenaires lors de l’examen du SMSI+20 a conduit à l’incorporation au Document final d’un langage solide en matière d’inégalités numériques, de connectivité centrée sur la communauté et de droits humains, y compris l’égalité de genre. Nous avons également eu une influence positive sur le langage employé dans une nouvelle résolution relative aux défenseur·es des droits humains et aux nouvelles technologies adoptée en mars par le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies, qui a renforcé l’attention portée aux droits des genres. Parallèlement, des délégations nationales, des organisations de la société civile et du secteur privé faisant partie de la Coalition pour la liberté en ligne (FOC) ont systématiquement intégré les questions relatives aux droits humains, au genre et à la justice sociale au sein du réseau consultatif de la Coalition, ainsi que dans les débats de politiques et les résultats de ses 41 États membres. APC, en tant que partie prenante du réseau consultatif, a dirigé des recommandations proactives, convoqué des réunions, participé à des événements et des panels de la Coalition, informé les délégations lors de la phase préliminaire des principaux processus de gouvernance et fourni des données empiriques de la situation des droits humains en ligne dans différents pays du Sud global. L’engagement d’APC envers certaines questions urgentes et dans les processus internationaux a amené à publier ou à approuver 38 déclarations et propositions en 2025. Celles-ci portaient sur des sujets tels que l'IA, le droit à la vie privée et l’impact de la désinformation sur les droits humains.
Nous avons catalysé les changements de politiques pour soutenir les réseaux communautaires dans différentes régions et dans nos pays d'intervention. Grâce au plaidoyer entrepris par APC et LocNet, ainsi que le travail de plusieurs membres et partenaires d’APC, notamment Colnodo, REDES A.C., ISEA, CITAD, Common Room et Zenzeleni, les organismes de réglementation régionaux et nationaux ont intégré des initiatives de connectivité dirigées par la communauté dans leurs politiques, stratégies et discussions relatives à l’inclusion numérique. Le Bureau régional des Amériques de l’Union internationale des télécommunications (UIT) a officiellement reconnu une initiative communautaire comme un modèle régional, mettant en valeur l’impact du programme de formation de gestionnaires de réseaux TIC (organisé par Rhizomatica, REDES A.C. et APC) dans sa publication officielle « State of digital development and trends in the Americas » (« État du développement et des tendances du numérique dans les Amériques »). Les États membres de la Commission de la science et de la technologie pour le développement de l’ONU ont également adopté un nouveau langage pour la rédaction de documents, reconnaissant officiellement « les modèles de connectivité participatifs et centrés sur la communauté » dans une résolution officielle. La proposition a été présentée par la Tanzanie, soutenue par l’Afrique du Sud et l’Égypte, et acceptée par tous les États. Parallèlement à ces réalisations, après des années d’engagement, l’Autorité de régulation des communications de l’Afrique australe a invité APC à élaborer des directives régionales pour les réseaux communautaires à large bande (qui ont par la suite été adoptées par les États membres de la Communauté de développement de l’Afrique australe).
Par ailleurs, les pays où l’initiative LocNet a concentré ses efforts de plaidoyer en 2025 ont obtenu un certain nombre de résultats concrets. Plusieurs succès importants ont ainsi rythmé l’action politique, avec le lancement public de stratégies nationales visant à faire progresser les réseaux communautaires en Afrique du Sud et au Kenya, et l’approbation d’une loi sans précédent pour soutenir la connexion des communautés mal desservies aux Philippines. Au Kenya, les initiatives de connectivité centrées sur la communauté sont passées de l’exploitation informelle à l’engagement officiel avec les organismes de réglementation, ce qui a donné lieu à 13 demandes de licence et l’octroi effectif de quatre licences. En Colombie, le ministère des Technologies de l’information et des communications a adopté la résolution 1701 de 2026, qui réglemente l'attribution de la bande de 900 MHz aux communautés de connectivité organisées. De plus, après des années d'engagement persistant, APC a co-conçu avec notre membre CITAD un atelier de sensibilisation pour la Commission des communications du Nigeria, et a créé un groupe de travail pour parachever le cadre des licences pour les réseaux communautaires dans le pays.
Nous avons fait pression pour l’incorporation d’une perspective de genre dans les forums mondiaux et régionaux, élargissant le discours sur la violence numérique. Les principaux forums et processus axés sur les droits numériques, tels que le processus du Pacte numérique mondial et le SMSI+20, ont adopté un langage de droits de genre dans leurs documents finals suite à la collaboration d’APC avec des coalitions telles que la Gender and Digital Coalition et Global Digital Justice Forum. Alors que la Coalition pour la liberté en ligne intégrait la dimension de genre dans ses délibérations et qu’APC renforçait le langage relatif au genre dans la résolution du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU relative aux défenseur·es des droits humains, nos travaux sur la violence basée sur le genre facilitée par la technologie (VBGFT) ont permis qu’il soit tenu compte du besoin de prévenir et de répondre à la violence numérique au sein des organes de décision s’attaquant plus largement à la violence de genre. La contribution d’APC à la loi type interaméricaine de l’Organisation des États américains relative à la violence numérique à l’égard des femmes a généré un impact important, élargissant le discours de la VBGFT au-delà des médias sociaux pour inclure la militarisation, la guerre et le génocide. C’est le résultat du travail d’IM-Defensoras, membre du consortium Safety for Voices qui a présenté lors d’une réunion d’experts l’analyse qui ressort de plus de dix ans de recherches, encourageant les acteurs étatiques et institutionnels à prendre les mesures nécessaires. En 2025, IM-Defensoras a documenté dans son registre des attaques à l’égard des femmes mésoaméricaines défenseures des droits humains un total de 6 839 attaques perpétuées contre 581 défenseures individuelles et 70 organisations à travers le Mexique, le Salvador, le Honduras et le Nicaragua.
Nous avons amélioré la visibilité des défenseur·es des droits humains dans les espaces de débat politique. APC et ses partenaires du consortium Safety for Voices ont continué de renforcer la voix et la visibilité des défenseur·es des droits humains dans les espaces de décision, ont influencé les agendas du plaidoyer international et régional et ont favorisé les changements systémiques sur la base de la protection intégrale féministe. Cela a été rendu possible par la participation à des processus de l'ONU tels que l'Examen périodique universel (EPU), le Conseil des droits de l'Homme des Nations unies et le SMSI+20. APC a co-écrit quatre rapports de parties prenantes de l’EPU, dont trois avec des organisations membres – TEDIC et Derechos Digitales (pour le Paraguay), CIPESA (pour le Rwanda) et SMEX (pour le Liban) – et un quatrième rapport rédigé de manière indépendante, pour la Namibie. En outre, nous avons publié en tant que document indépendant un rapport sur la répression numérique au Myanmar, réalisé par le Myanmar Internet Project en collaboration avec APC, qui était à l’origine destiné à être soumis à l’EPU.
Nous avons renforcé les capacités des parties prenantes en matière de genre et de cybersécurité. Nous avons développé les capacités et la sensibilisation à l’importance de la perspective de genre dans la cybersécurité pour les parties prenantes engagées dans les processus internationaux de gouvernance relative à la cybersécurité. Il s’agissait notamment des responsables politiques, de membres de la société civile et d’universitaires, ainsi que d’institutions telles que l’Organisation des États américains et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, ou encore de mécanismes tels que le Groupe de travail à composition non limitée des Nations unies sur la sécurité et l’utilisation des TIC. APC a également élaboré un cadre pour l'intégration du genre dans l'interprétation et la mise en oeuvre des 11 normes de l'ONU relatives au comportement responsable des États dans le cyberespace.
Nous avons approfondi les connaissances des parties prenantes dans de nouveaux domaines politiques. En mai, la 13e édition de l’École africaine sur la gouvernance de l'internet (AfriSIG) qui a eu lieu à Dar es Salaam en Tanzanie a permis aux participant·es d’améliorer leurs connaissances en matière d’internet et des politiques numériques, de perfectionner leurs techniques de négociation et de mieux comprendre les enjeux d’une démarche multipartite basée sur les droits humains en matière de gouvernance de l’internet. Cette École a réuni 55 personnes de divers groupes de parties prenantes – des parlementaires, des organismes de réglementation, le secteur privé, le monde académique, les médias et la société civile – venus de toute l’Afrique. L’événement était co-organisé par APC, la Commission de l’Union africaine et Research ICT Africa, en collaboration avec la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique et le Volet parlementaire du Forum sur la gouvernance de l’Internet (FGI). En juillet s’est tenue en Thaïlande la première édition de l’École sur la gouvernance des plateformes en Asie, organisée par Open Net Korea et APC. Il s’agissait d’une occasion unique de formation pour les jeunes avocat·es, les chercheur·es, les professionnel·les des politiques politiques et les acteurs et actrices de la société civile, qui ont ainsi pu approfondir leurs connaissances dans l’analyse des cadres politiques relatifs à la gouvernance des plateformes en Asie et examiner différentes stratégies pour exiger la responsabilité des plateformes.
APC tient à remercier sa solide communauté de membres, de membres associés, de l’équipe du personnel et de bailleurs de fonds qui, d’année en année, rendent possibles ces réalisations et leur impact significatif. Plus plus d’informations, nous vous invitons également à lire notre rapport annuel 2025 dans son intégralité.